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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 10:44

J'entends le bruit des ciseaux qui coupent les fils de reliance. Lentement indifférente, les mâchoires avancent. La moissonneuse tranche les blés. L'air a beau s'agiter autour, il ne relève plus la vivance. Le mouvement des blondeurs frémit sur le sol dur. Les coquelicots, les bleuets, rendent leurs couleurs. Malgré les jurons des hommes, des pierres rebelles essaient d'enrayer la machine, en vain. La vie est tondue. La terre a froid désormais et le ciel n'y peut rien. Le grenier s'emplit sûrement quelque part, mais qu'en ont à faire le campagnol et la mésange ? Et le temps du pain à lever est encore si loin…

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 09:34
Pendant que la neige dérobe nos paroles, un couple de mésanges tient l’hiver en haleine. Les deux pieds sur la bavette du poêle,  je tiens tête au frimas. Otage du feu, l’homme du nord, faute de bois et du soleil déposé dans un arbre,  a su donner aux mots un toit de neige. Dans le froid indigène, les oiseaux de l’espoir se réchauffent en volant pendant que nous dormons dans la laine et le lin. Dans les coutures à cœur ouvert, nous tenons à la vie par un fil de tendresse.

La neige tombe à pas de loup. Les aubépines s’emmitouflent dans la dormance de la sève. Ici, dans les dépendances du gel, les bouscueils du froid, il faut sans cesse réinventer le feu, le temps du poil et de la laine, du cuir et de la langue, le vin de glace réchauffant la parole, la catalogne des caresses. Il faut vivre de mèche avec la flamme, faire long feu, se mettre à blanc. Il faut avoir connu la neige pour parler de l’herbe avec amour.

 

Nous avons appris à construire de l’intérieur comme on fait d’un igloo. La courbe émouvante des toits caresse la bourrasque au lieu de l’affronter. Une simple rigole met en cause la glace. Sur la paille des nids, le blanc des lagopèdes remplacera la neige. Les arbres impatients enfantent des bourgeons. La terre en grand secret prépare son retour. Mâchonnant lentement la chaleur de l’humus, des millions d’insectes réveillent les racines à petits coups d’antennes. Le cœur bat plus vite parmi les eaux rampantes.

 

Un goût d’herbe et de sang grignote le grésil. Le soleil encourage la ferveur des rigoles. Il prépare la naissance des herbes et le retour des saveurs. Les pierres précambriennes servent d’église à la prière des insectes. Comme un poisson mémorisant la mer, une outarde cartographiant le ciel, le miel choisit déjà la forme du pistil, la trajectoire de l’abeille. L’aubier des ormes chante sous l’archet de la sève. Depuis l’enfance du monde, le même rituel perpétue l’espérance. L’embuse finit par se produire et les buses reviennent mordre la peau du ciel.

 

Il s’agit d’amitié entre l’insecte et nous, du goût de pain dans la saveur des jours. Il s’agit du soleil affinant la rosée, d’une lueur à la surface des choses. On retrouve la voix dans les cailloux qui tombent. Le roc a longtemps réfléchit. On le retrouve assis comme un bouddha où le sol se meut. Le pollen s’oppose au vacarme des hommes, un pétale de fleur à la durée du froid. À la fonte des neiges, on retrouve un outil, des os, des mots d’hier dans la joie nue de l’herbe. On retrouve la sève sous l’écorce en marche vers le sens. On retrouve les feuilles, les visages, les ombres, le rire sous les sapins en larmes et les gestes encore chauds sous la minceur des doigts. Il faut renommer chaque chose, apprendre le langage du germen, se perdre dans les ronces.

 

Le fleuve libéré de ses glaces vient téter l’horizon d’une bouche gourmande. Entre neige et fougère, l’humus a envahi le roc. Sol et soleil s’emmêlent en foisonnement de germes. Les manteaux raccourcissent lorsque les jours allongent. Les chevreuils remettent leurs souliers de verdure. La tête du monde qui avait trop blanchie retrouve ses couleurs. Il y a comme une eau réjouie dans le corps de la terre. Pleines de promesses et d’eau, les petites mottes de terre échangent leurs semences. Les trèfles font l’amour dans la prairie charnelle. La lueur des marais s’égarouille dans les yeux des grenouilles. Le froid, l’effroi s’effacent au passage des oies. La lumière des lucioles flageole dans la nuit, éclairant l’espérance. Les abeilles bourdonnent à l’oreille des fleurs. Les libellules agitent le rouet des quenouilles. Les oiseaux font la ronde dans la tête des forêts. Le sapin n’est plus seul à garder son habit. Les petits bras de l’herbe soulèvent leur pollen dans le berceau du vent. Dans l’arbre symphonique, nous cueillerons l’été comme un fruit de musique.

 

Jean-Marc La Frenière

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 22:58

Qui invectiver ? Qui remercier ? Tout se tait maintenant. Tant mieux. C'est l'heure de l'intérieure pendule. L'être à sa rencontre. Aux carrefours du vide et des acquits, les décisions seront par choix. Influences au tapis. Route nue. Neuve. Solitude royale. Ni haut ni bas. Un soi affranchi du vécu garde ce qui donne sens à sa traversée. Peu, mais lumineux. L'amour au centre. Irrévocable. Altitude unique, forte, définitive. Vol immense dans l'insondable. Bien plus qu'une liberté, un état.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 21:36

Quand la tasse se brise, la préférée, celle qui vient de loin, sidéré, on ramasse les morceaux de vieille porcelaine, le bleu qui a traversé les années. On balaie les tout petits débris, coupants. On pleure parce que la brisure arrête quelque chose, on ne s'y attendait pas. Les moments de douceur étaient éternels puisqu'ils étaient. Quand la tasse se brise, le souvenir prend forme, bleu, une ombre de paupière. On le sait, le café du matin sera puni, on ne le boira plus à la même heure, plus de la même façon.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 10:18

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution aux

Éditions Chemins de Plume

de mon roman/récit

 

"LES OISEAUX ONT DE LARGES AILES"

 

172 pages - Prix du livre 14 € + participation frais de port : 2 € = 16 €

On peut commander ce livre sur le site des Éditions Chemins de Plume, sur mon site (par mail privé) et en librairies.

 

 

Les oiseaux ont de larges ailes - Ile Eniger
Les oiseaux ont de larges ailes - Ile Eniger
Les oiseaux ont de larges ailes - Ile Eniger

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 11:30

© Stéphanie Bellet (extrait de : "La mémoire oubliée")

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 17:39

C’est un soir de gribouille. Tout le ciel est sinistre. D’autres, ailleurs, parlent de la mort imminente ou du désespoir d’être. Et j’entends tout cela du fond de mon histoire, du près de ma mémoire et de mes à peu près où j’ai mis tant de temps à me trouver entier sans dépendre de l’autre. Où je peux bien mourir puisque je sais où vivre et que je l’accomplis. Rien jamais idéal mais toujours au plus haut. Et je ne peux rien dire que la fureur de vivre, pour une heure ou un jour, rien qu’à aimer la vie et essayer encore. J’ai fait tant de chemins que je croyais superbes et qui n’étaient qu’impasses. Maintenant que je sais, que je me sais, je ne dis que de vivre, en fureur et en beau. Il est des temps superbes qui ne viennent qu’à soi et qu’on peut partager. Je le fais aujourd’hui, je le ferai demain, tant qu’il restera souffle. Vivre bordel vivre, nous sommes nés pour ça, nous sommes faits pour ça. Et il fera soleil. Et même à son coucher, il ne sait qu’être beau.

 

Extrait de "Îles en ailes" - Jean Diharsce

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 22:17
Je n’entrerai jamais au fond de cette cage. Le merle gris parle du vent, et je cherche ton reflet dans ce jardin ou dans la ville. L’olivier est mouillé de cette fin d’automne, j’écris mon livre lent, désolé, comme un feu qui s’éteint. Je me suis accordé sur une note basse, en oubliant mes torches et mes rages. La guitare va s’engorger, en épongeant l’hiver.
Je retarde des mots, je me plaindrai plus tard, j’aurai toujours raison.
Je vais distribuer les cartes, une nuit Caraïbe, un pont de pierres dans les Alpes, un citron vert d’Espagne et la lune s’effondre.
Il me faut dire quelque chose, quelques mots chauds, quelques odeurs de coquillages, un aboiement dans la saison brutale.
J’ai l’écorce irriguée des ces larmes d’enfants quand je deviens un père un peu plus grand qu’avant.
Maintenant, je verse dans l’hiver, le rouge gorge, épure, échappe aux dents du chat, Gaspard La Nuit rate son coup.
Je tiens l’amour contre ma bouche, équilibré dans le bonheur.
Les éclats du temps pourri, je vais en faire une chanson, pour une fièvre d’enfant triste, un mouvement d’eau, une ouverture du silence.
Ces mots broyés comme la craie laissent des traces sur les doigts quand je deviens frileux.
Il peut neiger sur la tanière, j’ai des amours enchevêtrées et moins de givre aux cadenas.
Je vais déverrouiller, et débouler, et dérouiller le haut-parleur du paysage désenfumé.
Je n’entrerai jamais au fond de cette cage, je ne ferai qu’attendre la peur de perdre tout un chant.
 
Robert Cuffi

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 12:39

 

QUAND...

 

Quand le réel rejoint tes pires cauchemars,

quand la nacre du jour se teinte d’outre noir,

accueille la saveur des joies si tant fragiles.

À ton cœur funambule offre un solide fil.

 

Vois, sur la joue de l'aube, une larme tremblée

se déposer dans l'herbe en diamants de rosée.

Vois, le ciel de vent calme et d'envolées sereines

loin de l'arrière nuit au sillage de peine.

 

À ton chevet s’attarde un livre en robe claire,

il sait sur ta douleur déplier la lumière.

Le rire d'un enfant arpège le silence.

De minuscules pas t'entrainent vers l'immense.

 

Quand un nuage pleure irriguant l'arbre ancien

ton âme enténébrée se désaltère au RIEN.

Le réel a guéri tes pires cauchemars.

La nacre de la vie a repeint l’outre noir.

 

Colette Muyard

 

 

 

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 22:12

Chanteur hawaïen décédé en 1997 à 38 ans d'une insuffisance respiratoire, la voix beauté pure d'Israel Kamakawiwo'ole dit "Iz", traverse toujours merveilleusement l'éternité.

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 16:31

J'ai été reine, ainsi d'ailleurs, on m'appelât. Je devins île, sauvage, vive, attentive comme il se doit. Le chemin fut ardu et haute l'altitude. Je n'y renierai rien. Je cherchais l'étoile. D'aucuns me dirent ange, d'autres ne me dirent pas. Les arbres m'ont appris le souffle, la patience, la parole solide, la clarté jusqu'au milieu de l'ombre. La terre m'a conduite de l'infime à l'immense, de la marche à l'envol. Longtemps, un cristal réchauffa la maison et la quête. La confiance était naturelle. J'ai perdu les clefs, mais quand j'y pense, une odeur de terre natale, de rêves chevauchés, de soleils entrevus, parfument mon existence d'une imparfaite grâce.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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"N'allez pas là où le chemin peut mener,

allez là où il n'y a pas de chemin

et laissez une trace"

Ralph Waldo Emerson

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