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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 10:47

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

Charles Baudelaire - Spleen

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 22:46

Comme en semant

 

Un rien gigogne, en bref de quelque chose... Un sursaut de vie, un aven, un franchissement, une pâmoison, un évidement...

 

Une fugue, résignation baroque d'un fredonnement enfoui, d'un bleuissement d'aurore, d'une fantaisie de futur. L'embarras d'un effleurement, la trêve luminescente et minuscule d'un flocon d'instant.

 

Une escarbille, entre achevé et néant, un grincement diffus de ramures aux fossés des chemins, nouant le ciel à la terre, aux ombres et aux humus, aux rigueurs froides des giboulées de laitance. Reliures, dormances, naissances... Fêlures, brisures, partances...

 

Hauts du ciel descendus sur taire, relents de pluies muettes dans le sang des ravines... Pollens bourdonnant l'ébauche secrète d'une promesse de rien.

 

Attiser la transparence des ombelles, en noces rondes de vent et de lumière, en mains de parenthèses, en commissures du jour aux lèvres de nuit, en limbes aux serments d'étoiles. Épancher les ondées de graines dans une déchirure de ciel, ce rien de clarté diaphane, ce dédain de chair invisible, un nuage traversant l'inaudible sur les pliures de terre en soif de racines. Ramasser le qui du ciel dans le quoi de la terre, écarter le trop, murmurer le rien, un ralenti infime jusqu'à l'émoi.

 

Comme en semant... Une geste invisible, lointaine, ancestrale. Un mouvement de balance à pas alourdis dans les rubans de terre, une poignée de silence à mains nues, alanguies, fécondant la poussière. Un allant de blé dans les plis du soir. Un arpent de pain sous le rideau du jour, une suture de ciel aux brouillards du temps, un frémissement de quelque chose sur les pages de rien, un germe d'encre, un sillon obscur ouvert dans le coi des mots. Un début de défaire, et de taire...

 

Commencements...

 

Yves Brendel

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 16:32

Merveilleux Erri de Luca !

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 18:35

Une odeur de lilas m'accroche, me prend. Mais qu'ai-je à faire d'un printemps poète gentil troubadour roucoulant d'hirondelles en joliesses épinglées ? Qu'ai-je à faire de paroles vernies, attendues aussi sûrement que giboulées de mars  ! Qu'ai-je à faire d'une joie consentie batifolant ses rodomontades de petits marquis ! Qu'ai-je à faire des rassemblements confortables, jolies muses et fleurs en guirlandes, explosions de bourgeons convenus ! Mes mots ne feront pas la ronde. Épuisés par l'hiver, ils claquent, becs de froid, vêtures en loques. Ils grelottent, mottes sèches, dures, terre qui a faim.  Ils espèrent. Sans dire. Sans croire. Sans rien. Ils sont seuls. Et ce printemps qui vient, encore… Une odeur de lilas m'accroche, me prend. Son parfum ferme mes yeux. Quelque chose bascule. Aucun repère autre que cette épée, bleue, plantée là, dans l'heure qui me porte.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 14:02

Paru récemment aux Éditions Chemins de Plume, je vous recommande la belle écriture de Mireille Barbieri en ce nouveau roman : "À rebrousse-temps".

 

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 23:01

Vient de paraître le 18 mars 2021 chez l'excellent éditeur Lettres vives, la très belle écriture de Joël Vernet.

 

 

« J'aimerais parler à quelqu'un de manière tremblotante, incertaine, comme un enfant butant sur un caillou, se retrouvant face dans le sable. J'aimerais parler aussi clairement que le plus idiot d'entre nous. Retrouver la langue simple, celle que nous avons abandonnée dans le fatras des conversations, des servages mercantiles. La langue de la lumière et de la foudre qui n'est que langue d'amour. Je suis à la poursuite de cette langue m’échappant toujours. Je suis ce coureur fou dont l'élan ne s'arrêtera jamais. »

Joel Vernet - La nuit n'éteint jamais nos songes
Joel Vernet - La nuit n'éteint jamais nos songes
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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 20:00

L'indifférence du ciel a blanchi ses cheveux, rétréci son pays. La serpe du vivre a taillé son chemin, ses rires, ses rêves. Des souvenirs traînent un air nostalgique qu'elle balaie. Régulièrement. Une poignée d'épines dans le sucre fondu des jours, elle est riche d'anciens bouquets et en avance d'une fleur. Elle aime que le trou du mur soit refuge de souris. Elle connaît le chant des terres. Sa vivante sève. Minuscule déploiement de folle envergure, remise à grains inépuisable, elle écrit : "ma saison c'est l'amour," et elle sourit. Au brûlot d'écriture, elle rassemble sa maison, ranime le feu. Comme la vie même, elle défie la raison raisonneuse.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 14:37

Mais que ça fait du bien un discours juste, éclairé, vif et intelligent !

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 11:36

LE SEXE DES MOTS

 

Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.

Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.

La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes et celui des droits de l’homme aux hommes ?

Absurde ! Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: "Madame de Sévigné est un grand écrivain" et "Rémy de Gourmont est une plume brillante". On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.

Certains substantifs se féminisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’État n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.

J’ai entendu objecter : "Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?". Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire. Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

 

Jean-François REVEL

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 12:29

Plus avance le temps, plus le désir de sobriété, d’humilité, cette altitude d'être, l’état d’immersion dans le silence vivifiant de la source poétique, m'accompagnent. Accueillir ce chemin hors intellect, hors mental, dans le plus simple outil de la lumière entrevue. Se retourner sur les petites joies, fleurs d'amandiers filles du vieil hiver, odeurs ensauvagées des herbes au dos des terres, soirs de neige où la jaune clarté fait autel de campagne, bras solides de souvenirs heureux, voix d’oiseaux au portant des vignes rouges, pierres de talus cathédrales minuscules, ronciers odorants chacunières d'abeilles, autant de petites choses qui disent le pain de vivre,  qui disent le vivant. Qui disent le désir inaltérable du vivant.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

 

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 12:30

© Stéphanie Bellet (extrait de : "La mémoire oubliée")

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