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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 13:27

Philippe Jaccottet  quitte la route à 95 ans, Joseph Ponthus à 42 ans, ils auront approché la Poésie au plus près, ils sont partis la rejoindre.

 

 

"Lorsque la douleur l'eut hissé sur son toit envié un savoir évident se montra à lui sans brouillard.
Il ne se trouvait plus dans sa liberté telles deux rames au milieu de l'océan.
L'ensorcelant désir de parole s'était, avec les eaux noires, retiré. Çà et là persistaient de menus tremblements dont il suivait le sillage aminci.
Une colombe de granit à demi masquée mesurait de ses ailes les restes épars du grand oeuvre englouti.
Sur les pentes humides, la queue des écumes et la course indigente des formes rompues.
Dans l'ère rigoureuse qui s'ouvrait, aboli serait le privilège de récolter sans poison.
Tous les ruisseaux libres et fous de la création avaient bien fini de ruer.
Au terme de sa vie il devrait céder à l'audace nouvelle ce que l'immense patience lui avait, à chaque aurore, consenti.
Le jour tournoyait sur Thouzon.
La mort n'a pas comme le lichen arasé l'espérance de la neige.
Dans le creux de la ville immergée, la corne de la lune mêlait le dernier sang et le premier limon.".

 

Philippe Jaccottet

 

 

"Le matin
Entre mes deux nuits
Je suis là sans y être
Comme si
J'étais en transition
La vraie vie sera à la débauche
Je veux croire que l'usine
J'y suis en transition
En attendant de trouver mieux
Même si ça fait un an et demi quand même que je ne trouve pas
Je veux croire
Que je suis là sans y être.".

 

Joseph Ponthus

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 11:00

Les ronciers insolents dressent leurs barbelés d'épines. Accrochent, blessent, retiennent. Le temps tombe du clocher sur la terre dure, sans déranger. Un étrange paysage lunaire respire doucement. Les arbres nus implorent, bras tendus. Des bruits infimes crissent au poudreux des herbes. Des pas feuillettent une lumière dorée sur le sentier de verre et de feuilles noircies. Des écailles de glace alourdissent les paupières du jour. L'eau retenue brille dans les ornières. Des oiseaux de froid traversent la brûlure glacée. Les gouttières boivent le ciel qui s'égoutte, et gèle. Des brindilles crochètent le froid. Les crevasses des terres haussent leurs lèvres gercées. Les heures grelottent du point du jour au mica de la nuit. Tout respire maigre. Les loups et les hommes ont la même peur. La même patience. La hulotte blanche ferme son cri destiné aux étoiles. Le silence, bleu comme battements de cœur, accompagne ma main sur le papier. Caresse. L'hiver se couche sur ma page.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 15:57
Nul ne connaît 
les cartes gravées dans les airs
qui aux confins de l’été 
les portent 
vol immense 
de l’Amérique du Nord 
à la tiédeur du Mexique
 
vagabonds par millions 
un cinquième des papillons monarques
atteindront leurs pâtures sylvestres
dans l’heure étonnante 
de la Toussaint 
 
portent-ils
sur leurs ailes chatoyantes 
l’esprit des disparus ?
 
dans le rougeoiement du couchant
l’écho de l’au-delà.
 
Jean-Luc Catoir
 
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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 16:32
Terriblement envie de monter où Giono écrivait
oliviers et garrigue
un corbeau ordinaire 
des soleils plein la tête
la ville en bas et ses marchés
ton enfance en éclats de samedis matin
quand tu iras
bientôt
je t'attendrai là haut
en hussard sur le toit
sans armes 
hors mes mains pour te faire la fête
et mes mots pour te dire
que tu sens bon d'ici.
 
Jean Diharsce
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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 15:45

Celui qui manque n'est pas celui que je vais voir à l'Ehpad, celui d'entre deux vies qui a oublié son nom et le mien. Celui qui manque taille des oliviers, pose des couleurs sur une toile blanche, m'apporte le café tous les matins, chante en arrosant le jardin, pose sa main sur la mienne pour dire tout va bien, aime les fleurs "parce qu'elles te ressemblent", caresse le chat, connais les oiseaux, sauve une abeille tombée dans le bassin, accroche Noël en lumières sur la porte d'entrée, mêle ses gestes aux miens, me sourit. Celui qui manque n'existe plus. Et ça sent l'hiver, son odeur de cendres et de froid mouillé.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 15:03

Texte et voix de Ile Eniger - Edts Chemins de Plume

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 12:38

 "Chaque matin, les hommes et les femmes qui prennent soin de la parcelle du réel qui leur est confiée, sont en train de sauver le monde, sans le savoir".

Christiane Singer

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 12:18

"Il y a des êtres qui font d'un soleil une simple tache jaune,

mais il y en a aussi qui font d'une simple tache jaune, un véritable soleil".

Pablo Picasso

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3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 23:17
Je n’entrerai jamais au fond de cette cage. Le merle gris parle du vent, et je cherche ton reflet dans ce jardin ou dans la ville. L’olivier est mouillé de cette fin d’automne, j’écris mon livre lent, désolé, comme un feu qui s’éteint. Je me suis accordé sur une note basse, en oubliant mes torches et mes rages. La guitare va s’engorger, en épongeant l’hiver.
Je retarde des mots, je me plaindrai plus tard, j’aurai toujours raison.
Je vais distribuer les cartes, une nuit Caraïbe, un pont de pierres dans les Alpes, un citron vert d’Espagne et la lune s’effondre.
Il me faut dire quelque chose, quelques mots chauds, quelques odeurs de coquillages, un aboiement dans la saison brutale.
J’ai l’écorce irriguée des ces larmes d’enfants quand je deviens un père un peu plus grand qu’avant.
Maintenant, je verse dans l’hiver, le rouge gorge, épure, échappe aux dents du chat, Gaspard La Nuit rate son coup.
Je tiens l’amour contre ma bouche, équilibré dans le bonheur.
Les éclats du temps pourri, je vais en faire une chanson, pour une fièvre d’enfant triste, un mouvement d’eau, une ouverture du silence.
Ces mots broyés comme la craie laissent des traces sur les doigts quand je deviens frileux.
Il peut neiger sur la tanière, j’ai des amours enchevêtrées et moins de givre aux cadenas.
Je vais déverrouiller, et débouler, et dérouiller le haut-parleur du paysage désenfumé.
Je n’entrerai jamais au fond de cette cage, je ne ferai qu’attendre la peur de perdre tout un chant.
 
Robert Cuffi
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31 janvier 2021 7 31 /01 /janvier /2021 16:39

L'homme, petit être perdu au sein de l'univers, a bien du mérite. En dépit de tout, il a tenu et continue de tenir le flambeau de la vie. Entrant dans la vie, il doit assumer les épreuves provenant de tous les niveaux du monde environnant et de son être propre : biologique et physique, éthique et spirituel. Dans ces épreuves, la suprême étant la mort, il connaît douleurs et souffrances. Il y a là une indéniable grandeur. Par-delà les épreuves, toutefois, des joies lui sont accordées, charnelles comme spirituelles, couronnées par un grand mystère, celui de l'amour. Sans l'amour, aucune jouissance ne prend son sens plénier ; avec l'amour, qui engage tout l'être, tout est pris en charge, le corps, l'esprit et l'âme.

 

François Cheng

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 14:36

Morice Benin est parti ailleurs chanter "Je vis", "L'églantine de mon jardin", "Une fois", et tous ces mots, ces musiques où il mettait son absolue sensibilité. Il me souvient quand nous partagions, en montagne, nos visions et nos ressentis du monde, il me souvient le simple de l'amitié. Bonne route Morice, bonne route l'ami... Ile E.

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allez là où il n'y a pas de chemin

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