Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 17:13

Avoir conscience, ne serait-ce pas avant tout aimer, prendre soin, s'émerveiller ? Et être dans l'inconscience, détruire et profaner tout ce qui est à portée de main et à distance de nos coeurs ?

 

Pierre Rabhi

Repost 0
14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 18:13

Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux. Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis. Bougeoir ou météore, il n'est plus de cœur gros ni d'avenir sur terre. Les marches du crépuscule révèlent ton murmure, gîte de menthe et de romarin, confidence échangée entre les rousseurs de l'automne et ta robe légère. Tu es l'âme de la montagne aux flancs profonds, aux roches tues derrière les lèvres d'argile. Que les ailes de ton nez frémissent. Que ta main ferme le sentier et rapproche le rideau des arbres. Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent, je place en toi toutes les espérances éboulées, pour un chardon victorieux de la rapace solitude.

 

René Char

Repost 0
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 14:37

On a tous une île
Sous le niveau des flots
De sa vanité
Les contours
D'un geste d'amour
À réaliser
Un sourire à donner
À celui qui ne le demande pas
Un geste simple
À ne pas oublier
Raccommoder
Sa langue béante
Réapprendre le regard
Ne jamais se contenter
De soi
Toujours panser ses blessures
Cicatriser
Les mots qui vous déchirent
Penser l'autre autrement
Rêver de vacances
Dans son jardin intérieur
Se pencher sur la pierre
Et caresser le vent
Comme si l'évidence
Nous appartenait
Osons
Enfin
N'être
Que nous-mêmes.

 

Jean-Luc Gastecelle
 

Repost 0
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 21:57

Nous sommes ce que nous pensons.

Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées.

Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde.

 

Siddhārtha Gautama Bouddha

Repost 0
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 18:17

Aujourd’hui
ma dignité
sera de m’agenouiller
au niveau de ma peur
à hauteur de mes hontes
de vouvoyer les vôtres
avec ce respect
du frère non de ses actes
de guérir la poussière
avec l’eau tirée
au puits d’humilité

d’aimer au pied de la lettre
sans attendre
sans prétendre
rien de plus
qu’un regard échangé
comme un passeport
d’éternité.

 

Florence Noël

 

 

Repost 0
14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 10:46

La langue française est mal traitée en France, comme si sa puissance d'expressivité, sa richesse de vocabulaire, étaient méconnues : quand je vais au Québec et que je constate combien les "gens de là-bas" défendent notre belle langue, j'ai honte pour les imbéciles prétentieux qui croient faire chic et branché en truffant leur langue mal maîtrisée et donc plate, de mots anglais. À la radio, l'autre jour : on y parle du marathon de Paris et une participante lâche : "C'est bon de vivre une identité de team" - entendez : d'équipe, qui est un si joli mot ! Au lieu de parler du marché de la course à pied - dans le sport, tout semble finir par le fric, c'est triste - elle affirme : "Le marché du running" a changé !!! À quoi riment ces pitreries d'incultes ? Ces snobismes d'aplatis du pois chiche ? Quand quelqu'un lance une idée, il est bien vu de rétorquer : "Tu forget" !!! Et pas "Tu oublies". Et, quand ce n'est pas possible, vous devez dire avec désinvolture : "No way" !! Le pompon, c'est un commentateur qui donne des conseils bancaires et dit : "C'est safe" pour dire c'est sûr. Au cas où vous douteriez de la sécurité de la chose, safe, ce serait plus sûr ? Rien n'est moins certain et fondé que ce bla bla qui fait des trous dans la langue pour y mettre du creux. Jacteurs de petite extrace, que dit de vous ce désamour de la langue française ? Que vous n'êtes pas dignes de la parler. Et que vous devriez cesser de déshonorer votre langage vide de conviction.

Olympia Alberti

Repost 0
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:56

Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie.

Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.

Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.

Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits.

Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs.

Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.

Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie.

Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons.

L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.

Pierre Rabhi

Repost 0
11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 09:40

Tout près de moi, le romarin semble osciller en guise d'affirmation. Nos vibrations concordent. Lavée de frais la sauge s'élance toutes tiges dressées, droites, comme des acclamations. Mais ici, il ne s'agit pas de délire collectif, de défilés hilares ou d'expressions de haine. Ici ce n'est qu'une profonde discrétion. C'est à peine vu. Cela se passe en fait dans le silence de l'accord. On pourrait presque devant elles et devant toutes les autres plantes pareillement dressées, avoir honte de nos comportements. Sortir sur la pointe des pieds.

Pierre-Albert Jourdan - Les sandales de paille - Mercure de France
 

Repost 1
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 13:45

Voilà déjà du temps que l'ami Pierre, en avril, nous a joué le tour de s'en aller au pays des étoiles. Sa magnifique voix perdure et la littérature en est grandie. Nous étions amis, nous le sommes toujours.

 

Extraits de : "Jours anciens" - Pierre Autin-Grenier - Éditions de l'Arbre :

 

Enfin un jour tout tremble, la vie elle-même s'inquiète et pour un rien on prendrait froid aux pieds. A petits gestes froissés on court encore vers quelque chose bien sûr, mais déjà les oiseaux dans les arbres et leurs plumes vous laissent indifférents. La mémoire rend méconnaissables les anciens secrets, on meurt de son vivant. Alors vient un soir formidable où l'on s'endort, du sang plein les yeux...

Et pourtant : jamais, sais-tu, personne de ceux que j'ai aimés n'est mort.

 

 

Toujours j'ai eu horreur du débraillé, tu sais ; aussi de l'âge adulte et du sérieux des papes. Voilà pourquoi m'importent guère, finalement le temps qu'il fait, les fiers chevaux du ciel ou la poussière qui passe...

Moi j'ai décidé de rester, très discrètement, de toute éternité.

Repost 0
12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 12:09

À flancs de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. À l'époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêmement odorante d'une fille dont les bras se sont occupé durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l'auréole de clarté serait le parfum, elle s'en va, le dos au soleil couchant. Il serait sacrilège de lui adresser la parole. L'espadrille foulant l'herbe, cédez lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l'humidité de la Nuit ?

 

René Char, extrait de : Seuls demeurent

Repost 0
7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:59

… À son âge (Colette parle de sa fille "Bel-Gazou") — pas tout à fait huit ans — j’étais curé sur un mur. Le mur, épais et haut, qui séparait le jardin de la basse-cour, et dont le faîte, large comme un trottoir, dallé à plat, me servait de piste et de terrasse, inaccessible au commun des mortels. Eh oui, curé sur un mur. Qu’y a-t-il d’incroyable ? J’étais curé sans obligation liturgique ni prêche, sans travestissement irrévérencieux, mais, à l’insu de tous curés. Curé comme vous êtes chauve, monsieur, ou vous, madame, arthritique.

 

Le mot "presbytère" venait de tomber, cette année-là, dans mon oreille sensible, et d’y faire des ravages. "C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse…"  avait dit quelqu’un.

 

Loin de moi l’idée de demander à l’un de mes parents : "Qu’est-ce que c’est, un presbytère ?". J’avais recueilli en moi le mot mystérieux, comme brodé d’un relief rêche en son commencement, achevé en une longue et rêveuse syllabe… Enrichie d’un secret et d’un doute, je dormais avec le mot et je l’emportais sur mon mur. "Presbytère !", je le jetais, par-dessus le toit du poulailler et le jardin de Miton, vers l’horizon toujours brumeux de Moutiers. Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème :  "Allez ! vous êtes tous des presbytères !",  criais-je à des bannis invisibles….

 

Un peu plus tard, le mot perdit de son venin, et je m’avisai que "presbytère" pouvait bien être le nom scientifique du petit escargot rayé jaune et noir… Une imprudence perdit tout, pendant une de ces minutes où une enfant, si grave, si chimérique qu’elle soit, ressemble passagèrement à l’idée que s’en font les grandes personnes…

 

— Maman ! regarde le joli petit presbytère que j’ai trouvé !

 

— Le joli petit… quoi ?

 

— Le joli petit presb…

 

Je me tus, trop tard. Il me fallut apprendre — "Je me demande si cette enfant a tout son bon sens…" — ce que je tenais tant à ignorer, et appeler "les choses par leur nom…".

 

— Un presbytère, voyons, c’est la maison du curé.

 

— La maison du curé… alors, M. le curé Millot habite dans un presbytère ?

 

— Naturellement… Ferme ta bouche, respire par le nez… Naturellement, voyons…

 

J’essayai encore de réagir… Je luttai contre l’effraction, je serrai contre moi les lambeaux de mon extravagance, je voulus obliger M. Millot à habiter, le temps qu’il me plairait, dans la coquille vide du petit escargot nommé "presbytère"…

 

— Veux-tu prendre l’habitude de fermer la bouche quand tu ne parles pas ? À quoi penses-tu ?

 

— À rien, maman…

 

… Et puis je cédai. Je fus lâche, et je composai avec ma déception. Rejetant les débris du petit escargot écrasé, je ramassai le beau mot, je remontai jusqu’à mon étroite terrasse ombragée de vieux lilas, décorée de cailloux polis et de verroteries comme le nid d’une pie voleuse, je la baptisai "Presbytère », et je me fis curé sur le mur.

 

Colette - Extrait de "La maison de Claudine"

 

Repost 0
19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 12:28

"Tes yeux gardent trois coquelicots et l'aurore"

Jean-Michel Sananès

Repost 0
15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 23:33

"Ce qui m’intéresse ce n’est pas le bonheur de tous les hommes

c’est celui de chacun"

Boris Vian

Repost 0
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 12:36

C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m’attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d’un vestibule et la grille d’un patio. J’ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. J’aime les sabliers, les planisphères, la typographie du XVIIIe siècle, le goût du café et la prose de Stevenson : l’autre partage ces préférences, mais non sans complaisance et d’une manière qui en fait des attributs d’acteur. Il serait exagéré de prétendre que nos relations sont mauvaises. Je vis et me laisse vivre, pour que Borges puisse ourdir sa littérature et cette littérature me justifie. Je confesse volontiers qu’il a réussi quelques pages de valeur, mais ces pages ne peuvent rien pour moi, sans doute parce que ce qui est bon n’appartient à personne, pas même à lui, l’autre, mais au langage et à la tradition. Au demeurant, je suis condamné à disparaître, définitivement, et seul quelque instant de moi aura chance de survivre dans l’autre. Peu à peu, je lui cède tout, bien que je me rende compte de sa manie perverse de tout falsifier et exagérer. Spinoza comprit que tout chose veut persévérer dans son être ; la pierre éternellement veut être pierre et le tigre un tigre. Mais moi je dois persévérer en Borges, non en moi (pour autant que je sois quelqu’un). Pourtant je me reconnais moins dans ses livres que dans beaucoup d’autres ou que dans le raclement laborieux d’une guitare. Il y a des années, j’ai essayé de me libérer de lui et j’ai passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et l’infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j’imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l’oubli ou à l’autre. Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page.

 

Jorge Luis Borges

Repost 0

  • : PAGES ECRITES
  • PAGES ECRITES
  • : Littérature
  • Contact

  • Ile Eniger
  • Auteur
  • Auteur

Bandeau - A propos - Blog : Photos Ile E.

 

Recherche

Les archives de ce site ne portent que sur les 4 derniers mois

 Photos et textes sont protégés, prière de demander une autorisation d'utilisation, merci et bonne visite

Catégories