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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 12:06

Cette réflexion n'est ni une vérité, ni une injonction, mais une des multiples pistes qui peuvent être abordées sur les chemins de nos recherches personnelles.

 

"Avant de juger son frère, il faut avoir marché plusieurs lunes dans ses mocassins​" - Proverbe Lakota amérindien

 

Depuis le fil d’enfance, l'horizon sait parfois se transformer en fil du rasoir. Nous sommes tous, entre douleur et bonheur, en recherche de nous-mêmes depuis que notre naissance nous a propulsés dans cette interrogation qu’est l’existence.

Quand tout se passe bien, la douleur est moindre et impacte peu les forces vitales. Mais quand elle est insurmontable, l'aide extérieure seule ne peut apporter la totalité de la solution, même si nous en ressentons de la gratitude. La bienveillance, pierre d'angle de la traversée, doit  mobiliser la recherche de notre clé unique qui elle saura instaurer notre équilibre entre les plus et les moins de la vie.

Essayer de grandir de la douleur comme on aborde une part du chemin difficile à escalader. Chercher ce qui, en soi, a besoin d'être réparé et que la souffrance révèle comme un projecteur. Il y a en nous un médecin inné qui se manifeste dès que notre mental cesse de le bâillonner en surjouant les mentors. 

Ressentir que nous ne sommes que des animaux, des plantes, des minéraux, de l’air, de l’eau, du feu, de la terre, des amalgames de cellules, la parcelle d’un tout, ce tout résidant aussi dans cette parcelle.

Laisser place au bon sens, à la bonté, à la beauté, se faire confiance, se replacer au cœur du vivant, non comme son centre mais comme partie prenante d'une cosmogonie dans laquelle l'immense et l'infime ont la même valeur.

Ne pas être prisonnier d'une culture dont les discours seront caduques demain. Faire la part des choses, lâcher prise pour mieux se con-naître et générer ainsi une harmonie, une liberté, libératrices de forces. 

Le réel n’existe que dans ce qu'on lui octroie, nous sommes le produit de ce que nous pensons et créons à chaque instant. Et au vu du monde actuel, il est évident qu’il convient d’explorer d’autres sens, d’autres chemins que ceux proposés ! La culture et la norme sont arbitraires, qui demandent à être élargies, repensées.

Ni se rassurer, ni se surestimer ou se dévaloriser, l'importance demeure dans le respect de soi et d'autrui, avec les moyens du moment, qui changent, fluctuent, mais qui nous poussent et nous soutiennent. La recherche et l'application de l’amour est le comportement primordial pour que la douleur cesse, en soi et dans le monde. Faire la paix répare et contribue à l'équilibre des univers.

Parfois pourtant, la douleur submerge en un non sens et une absurdité qui déstabilisent et engloutissent, mais, et ce "mais" est capital, malgré la violence et l’incohérence, placer sa confiance dans un vivant plus grand et plus abouti que soi, propose une survie animale bénéfique permettant une introspection générant l'apaisement possible de la douleur, et parfois sa résolution.

La puissance créatrice, pour peu qu'on lui prête action, donne accès à une aide initiale mobilisant celle de chacun.

Ainsi, le bonheur devient un comportement où la traversée trouve sa résilience. 

Ile Eniger

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 17:27

Impulsif, robuste, c'était un Italien. Il dansait, il chantait comme un Italien. Les yeux noirs, la peau mate, il était beau comme un Italien. Il avait des flambées de colères latines et d'improbables rêves. Il assumait sa vie, sa charge de famille, courageusement, honnêtement, sans fioritures. Il travaillait la terre dure, la connaissait, la respectait. Il rentrait au soir, fourbu. Nous, ses deux fillettes, le craignions comme nous l'admirions. Qui était-il vraiment ? Je ne l'ai jamais su. Pudique jardinier amoureux de ma mère, homme bourru qui bousculait le chat et caressait le chien, il était le silence et quelques éclats de voix. Chef de la maison, fier du parcours de ses enfants, il ne se plaignait jamais. Il était la présence mutique. Solide. J'avais sept ans quand il m'a appris à danser le tango, je m'en souviens. C'était mon père.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître rentrée littéraire sept. 2021 aux Editions Chemins de Plume)

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 12:09

Il tombe du froid aux épaules de l'aube. Des restes de nuit charbonnent les coins. Le chat rentre de vagabondage. Le ruisseau va sa juste parole. Une main de brume apaise les fièvres. L'heure d'épine se tourne vers les fleurs. Le chant du coq ouvre une fenêtre comme le ciel ajoute sa lumière. Dans la clarté première, il pleut doucement. De l'eau sur l'eau des yeux.  Lâcher tout, le bruit, la question. Plonger dans les pluriels du silence. Respirer la terre. Respirer avec la terre. Avancer pour ne pas décourager le chemin. Chaque matin soulève la pierre du jour. Chaque matin nous écrit.


Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître rentrée littéraire sept. 2021 aux Editions Chemins de Plume)

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 18:35

Une odeur de lilas m'accroche, me prend. Mais qu'ai-je à faire d'un printemps poète gentil troubadour roucoulant d'hirondelles en joliesses épinglées ? Qu'ai-je à faire de paroles vernies, attendues aussi sûrement que giboulées de mars  ! Qu'ai-je à faire d'une joie consentie batifolant ses rodomontades de petits marquis ! Qu'ai-je à faire des rassemblements confortables, jolies muses et fleurs en guirlandes, explosions de bourgeons convenus ! Mes mots ne feront pas la ronde. Épuisés par l'hiver, ils claquent, becs de froid, vêtures en loques. Ils grelottent, mottes sèches, dures, terre qui a faim.  Ils espèrent. Sans dire. Sans croire. Sans rien. Ils sont seuls. Et ce printemps qui vient, encore… Une odeur de lilas m'accroche, me prend. Son parfum ferme mes yeux. Quelque chose bascule. Aucun repère autre que cette épée, bleue, plantée là, dans l'heure qui me porte.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 20:00

L'indifférence du ciel a blanchi ses cheveux, rétréci son pays. La serpe du vivre a taillé son chemin, ses rires, ses rêves. Des souvenirs traînent un air nostalgique qu'elle balaie. Régulièrement. Une poignée d'épines dans le sucre fondu des jours, elle est riche d'anciens bouquets et en avance d'une fleur. Elle aime que le trou du mur soit refuge de souris. Elle connaît le chant des terres. Sa vivante sève. Minuscule déploiement de folle envergure, remise à grains inépuisable, elle écrit : "ma saison c'est l'amour," et elle sourit. Au brûlot d'écriture, elle rassemble sa maison, ranime le feu. Comme la vie même, elle défie la raison raisonneuse.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 12:29

Plus avance le temps, plus le désir de sobriété, d’humilité, cette altitude d'être, l’état d’immersion dans le silence vivifiant de la source poétique, m'accompagnent. Accueillir ce chemin hors intellect, hors mental, dans le plus simple outil de la lumière entrevue. Se retourner sur les petites joies, fleurs d'amandiers filles du vieil hiver, odeurs ensauvagées des herbes au dos des terres, soirs de neige où la jaune clarté fait autel de campagne, bras solides de souvenirs heureux, voix d’oiseaux au portant des vignes rouges, pierres de talus cathédrales minuscules, ronciers odorants chacunières d'abeilles, autant de petites choses qui disent le pain de vivre,  qui disent le vivant. Qui disent le désir inaltérable du vivant.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

 

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 11:00

Les ronciers insolents dressent leurs barbelés d'épines. Accrochent, blessent, retiennent. Le temps tombe du clocher sur la terre dure, sans déranger. Un étrange paysage lunaire respire doucement. Les arbres nus implorent, bras tendus. Des bruits infimes crissent au poudreux des herbes. Des pas feuillettent une lumière dorée sur le sentier de verre et de feuilles noircies. Des écailles de glace alourdissent les paupières du jour. L'eau retenue brille dans les ornières. Des oiseaux de froid traversent la brûlure glacée. Les gouttières boivent le ciel qui s'égoutte, et gèle. Des brindilles crochètent le froid. Les crevasses des terres haussent leurs lèvres gercées. Les heures grelottent du point du jour au mica de la nuit. Tout respire maigre. Les loups et les hommes ont la même peur. La même patience. La hulotte blanche ferme son cri destiné aux étoiles. Le silence, bleu comme battements de cœur, accompagne ma main sur le papier. Caresse. L'hiver se couche sur ma page.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 15:45

Celui qui manque n'est pas celui que je vais voir à l'Ehpad, celui d'entre deux vies qui a oublié son nom et le mien. Celui qui manque taille des oliviers, pose des couleurs sur une toile blanche, m'apporte le café tous les matins, chante en arrosant le jardin, pose sa main sur la mienne pour dire tout va bien, aime les fleurs "parce qu'elles te ressemblent", caresse le chat, connais les oiseaux, sauve une abeille tombée dans le bassin, accroche Noël en lumières sur la porte d'entrée, mêle ses gestes aux miens, me sourit. Celui qui manque n'existe plus. Et ça sent l'hiver, son odeur de cendres et de froid mouillé.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 15:03

Texte et voix de Ile Eniger - Edts Chemins de Plume

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 14:42

Elle balaie devant sa porte tous les champs de mines des pouvoirs, les images sales. Elle rince ses mains et ses mots à l'eau claire. Sur la poussière du sentier et ses virgules d'herbes, elle dessine des ailes et souffle. L'air est vaste. Avec l'arbre, le torrent, l'oiseau, elle sait sa place. Elle est du jour levant, son battement de belle et bonne et vieille souche. Elle est de la terre-mère, l'inaltérée.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître aux Éditions Chemins de Plume pour le Printemps des Poètes 2021)

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allez là où il n'y a pas de chemin

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