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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 11:44

L'absence ploie dans les souvenirs d'un visage. Cette fois, les orages sont venus non pour donner à boire mais pour détruire. Un mer bat et rebat ses galets d'indifférence. Les ombres dansent à la potence d'un ciel brûlant. Le jardin ne donne plus grand-chose. Des pensées pattes d'oiseaux s'agrippent aux heures. Quelques mots erratiques déchirent les pluriels du silence. En pays de pierrailles, quand la vie tombe, écrire est un abri. Tenir. Traverser. Et au soir, remercier les étoiles qui apaisent l'herbe brûlée du jour.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 12:48

Ce qui m'importe c'est cette force ensemble bâtie, ensemble entretenue, ensemble habitée. Ce bel égrégore plus grand que nous. Ce lieu sacré qu'aucun dés-espoir ne peut atteindre. Tu n'es plus là mais ton âme veille, maintient avec moi l'incommensurable puissance du vivant.  Les discours étroits, les gestes indifférents, les pensées malveillantes, n'ont aucune prise sur la décision de lumière. Les murs sont illusoires devant l'éternité d'aimer.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 21:43

Ils fusillèrent les rires, les différences, les audaces. Ils barrèrent les rues et tout sens qu’ils ne trouvèrent pas conforme. Ils arrachèrent les livres, civilisèrent la mort, la rajeunirent. Ils arrangèrent le passé. De leurs idées arrêtées, ils firent des églises où ils sacrifièrent la vérité. Ils emprisonnèrent les paysages, suspectèrent l'intelligence, conditionnèrent l’amour, colonisèrent l'herbe sauvage, calfeutrèrent la joie, surveillèrent le désir, évaluèrent les maisons, parquèrent l’imagination, déclarèrent courte l’enfance. Quand ils eurent mis en bouteille, la vague, l'inventivité, la liberté, l’âme, et autres choses gênantes, ils dirent aux arbres quels fruits ils devraient porter. Ils installèrent l’uniforme de la pensée unique et décidèrent de ce qui était bon. Les tuiles qui rêvaient aux étoiles furent jetées aux orties qui elles-mêmes furent exterminées. Les champs, ces voix sans issues, furent stérilisés, comme les animaux, les idées, les rêves, les couleurs, et ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ils déclarèrent dangereux le rire, l'espoir, le chant, la connaissance. Ils dressèrent des chiens, des lois et des tours. Les oiseaux furent bagués, les esprits lessivés.  Quand ils eurent asséché l’intérieur et l’extérieur, quand ils eurent  effacé les larmes, quand ils eurent sacrifié le vivant, ils trouèrent le ciel, trafiquèrent les cellules, inventèrent maladies et remèdes, assujettirent la réflexion, brûlèrent le jour et tout ce qui ne leur ressemblait pas. Puis, ils vidèrent les bacs à sable. Alors, il ne resta plus rien, ni personne, pour crier au loup ou pousser une balançoire. Et sur la boule bleue désaffectée, ils ne virent plus, dans l’orbite morte du soleil, que leur visage, infâme et sans nom.

 

Ile Eniger - Du feu dans les herbes - Éditions Cosmophonies Internationales - 2002

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 13:52

Peu

J'écris peu. les mots muets me regardent. Ma douleur les effraie. Les tient à distance. Un  signe clément, une attention sublime, aideraient à rompre le cercle de feu. Aideraient les ailes à guérir. Aideraient les pas et la route.  Mais l'ange est loin. Le loriot des jardins ne s'arrête plus ici. Tout est ailleurs maintenant. Tout est dur. Non pas la dureté bienveillante des roches mais celle du compact de l'air qui frappe les volets. Et l'âme. Aux immenses blessantes murailles, aux barrières d'épines sans fleurs ni abeilles,  aux taillis de serpents et de  ronces, je cherche l'aubépine et le miel, le souffle, la faille de lumière. Je murmure un nom. Je tends le regard.  Je demande un fruit pour ma soif, un pain pour ma route, une main pour l'épaule. L'implorante* de Camille n'est pas loin. Il ne reste rien. Qu'un tout improbable où je racle un vieil or.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

* "L'implorante" – Sculpture de Camille Claudel

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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 13:01

Il dirait : "Viens, je t'emmène là où ça nous ressemble, il y aura le temps qu'il faut, et l'évidence d'y croire". Il dirait bien d'autres choses encore que je ne peux écrire tant elles sont prodigieuses et mes mots trop petits. Il ne me laisserait pas sur le bord du chemin dans ce gris noir de soleil déteint et cet horizon déchiré jusqu'à son presque dernier fil. S'il savait mon exil en terre desséchée où l'été cartonne et assoiffe les paysages, où les oiseaux s'inquiètent, où la vie s'interroge, il dirait : "Viens sur le rebord du monde, de là nous convoquerons la merveille et nous saurons". Mais ses mots ont perdu leur dire et l'éteule abandonnée n'a plus l'espoir du pain.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 10:19

De l'oiseau ou de l'âme, qui vole le plus haut ? Pour le busard ou le poisson, quel est le vrai plafond, le ciel ou l'eau ? Le clocher répète ses heures, craint-il de se tromper ou martèle-t-il ses certitudes ? La lumière rouge au cou des vignes, réchauffe-t-elle le vin à venir ou brûle-t-elle ? Les questions ont la peau dure. Pendant ce temps, des orages bistrots de quartier abreuvent la nature. L'odeur des fleurs signe une ivresse colorée. Les archets du soleil font la roue des saisons. Une abeille vit un mois, sa légère existence produit une cuillerée de miel que nous consommons comme un dû, sans penser à elle. Tout vit, tout meurt, tout exulte. Et les hommes qui croient savoir mieux que les bêtes et les choses, sont seulement plus orgueilleux.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 17:11

Otage des horloges, brave cheval, le temps nous tire. Le bonheur s'arrête parfois sur un rideau de pluie. Les branches coupées rendent au sol leur dernière sève. Ainsi allons-nous, balles en rebonds sur la paroi du jour. Dans l'intervalle, le pain maigre ou goûtu, la terre ou l'ange, ce morceau de papier où s'appuient les années. L'écriture est une forêt où je cherche l'Arbre.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 12:06

Cette réflexion n'est ni une vérité, ni une injonction, mais une des multiples pistes qui peuvent être abordées sur les chemins de nos recherches personnelles.

 

"Avant de juger son frère, il faut avoir marché plusieurs lunes dans ses mocassins​" - Proverbe Lakota amérindien

 

Depuis le fil d’enfance, l'horizon sait parfois se transformer en fil du rasoir. Nous sommes tous, entre douleur et bonheur, en recherche de nous-mêmes depuis que notre naissance nous a propulsés dans cette interrogation qu’est l’existence.

Quand tout se passe bien, la douleur est moindre et impacte peu les forces vitales. Mais quand elle est insurmontable, l'aide extérieure seule ne peut apporter la totalité de la solution, même si nous en ressentons de la gratitude. La bienveillance, pierre d'angle de la traversée, doit  mobiliser la recherche de notre clé unique qui elle saura instaurer notre équilibre entre les plus et les moins de la vie.

Essayer de grandir de la douleur comme on aborde une part du chemin difficile à escalader. Chercher ce qui, en soi, a besoin d'être réparé et que la souffrance révèle comme un projecteur. Il y a en nous un médecin inné qui se manifeste dès que notre mental cesse de le bâillonner en surjouant les mentors. 

Ressentir que nous ne sommes que des animaux, des plantes, des minéraux, de l’air, de l’eau, du feu, de la terre, des amalgames de cellules, la parcelle d’un tout, ce tout résidant aussi dans cette parcelle.

Laisser place au bon sens, à la bonté, à la beauté, se faire confiance, se replacer au cœur du vivant, non comme son centre mais comme partie prenante d'une cosmogonie dans laquelle l'immense et l'infime ont la même valeur.

Ne pas être prisonnier d'une culture dont les discours seront caduques demain. Faire la part des choses, lâcher prise pour mieux se con-naître et générer ainsi une harmonie, une liberté, libératrices de forces. 

Le réel n’existe que dans ce qu'on lui octroie, nous sommes le produit de ce que nous pensons et créons à chaque instant. Et au vu du monde actuel, il est évident qu’il convient d’explorer d’autres sens, d’autres chemins que ceux proposés ! La culture et la norme sont arbitraires, qui demandent à être élargies, repensées.

Ni se rassurer, ni se surestimer ou se dévaloriser, l'importance demeure dans le respect de soi et d'autrui, avec les moyens du moment, qui changent, fluctuent, mais qui nous poussent et nous soutiennent. La recherche et l'application de l’amour est le comportement primordial pour que la douleur cesse, en soi et dans le monde. Faire la paix répare et contribue à l'équilibre des univers.

Parfois pourtant, la douleur submerge en un non sens et une absurdité qui déstabilisent et engloutissent, mais, et ce "mais" est capital, malgré la violence et l’incohérence, placer sa confiance dans un vivant plus grand et plus abouti que soi, propose une survie animale bénéfique permettant une introspection générant l'apaisement possible de la douleur, et parfois sa résolution.

La puissance créatrice, pour peu qu'on lui prête action, donne accès à une aide initiale mobilisant celle de chacun.

Ainsi, le bonheur devient un comportement où la traversée trouve sa résilience. 

Ile Eniger

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 17:27

Impulsif, robuste, c'était un Italien. Il dansait, il chantait comme un Italien. Les yeux noirs, la peau mate, il était beau comme un Italien. Il avait des flambées de colères latines et d'improbables rêves. Il assumait sa vie, sa charge de famille, courageusement, honnêtement, sans fioritures. Il travaillait la terre dure, la connaissait, la respectait. Il rentrait au soir, fourbu. Nous, ses deux fillettes, le craignions comme nous l'admirions. Qui était-il vraiment ? Je ne l'ai jamais su. Pudique jardinier amoureux de ma mère, homme bourru qui bousculait le chat et caressait le chien, il était le silence et quelques éclats de voix. Chef de la maison, fier du parcours de ses enfants, il ne se plaignait jamais. Il était la présence mutique. Solide. J'avais sept ans quand il m'a appris à danser le tango, je m'en souviens. C'était mon père.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître rentrée littéraire sept. 2021 aux Editions Chemins de Plume)

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 12:09

Il tombe du froid aux épaules de l'aube. Des restes de nuit charbonnent les coins. Le chat rentre de vagabondage. Le ruisseau va sa juste parole. Une main de brume apaise les fièvres. L'heure d'épine se tourne vers les fleurs. Le chant du coq ouvre une fenêtre comme le ciel ajoute sa lumière. Dans la clarté première, il pleut doucement. De l'eau sur l'eau des yeux.  Lâcher tout, le bruit, la question. Plonger dans les pluriels du silence. Respirer la terre. Respirer avec la terre. Avancer pour ne pas décourager le chemin. Chaque matin soulève la pierre du jour. Chaque matin nous écrit.


Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître rentrée littéraire sept. 2021 aux Editions Chemins de Plume)

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 19:00

L'indifférence du ciel a blanchi ses cheveux, rétréci son pays. La serpe du vivre a taillé son chemin, ses rires, ses rêves. Des souvenirs traînent un air nostalgique qu'elle balaie. Régulièrement. Une poignée d'épines dans le sucre fondu des jours, elle est riche d'anciens bouquets et en avance d'une fleur. Elle aime que le trou du mur soit refuge de souris. Elle connaît le chant des terres. Sa vivante sève. Minuscule déploiement de folle envergure, remise à grains inépuisable, elle écrit : "ma saison c'est l'amour," et elle sourit. Au brûlot d'écriture, elle rassemble sa maison, ranime le feu. Comme la vie même, elle défie la raison raisonneuse.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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Bandeau : Extrait du tableau de Françoise Pirro : La plage

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