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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 11:04

Elle est sans paroles au milieu des débris de verre de ses croyances, de ses questions. Elle est sans prière. Sans justification. Elle est l'oiseau et l'arbre, le ciel et l'eau, sous le grand vent, la grêle, le feu. Une simple place nue. Chaque jour elle est au bûcher des douleurs. Cisailles contre impuissance. Chaque jour elle est l'abandon des heures heureuses. Native espérance contre trahison. Chaque jour elle distribue des caresses au chat et partage son regard. Au-dessus des agitations, elle est une improbable loyauté. Chaque jour, arrivée au bout du jour, elle choisit l'amour et la lumière. Dût-elle être la seule dans tous les mondes de tous les univers à choisir l'amour et la lumière, elle s'y tient. Elle s'y tiendra. Et ce choix, lancé au rien des jours, la rend invincible.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 12:32

Entre les bras des terres, le cheval des saisons fait ses allers-retours.

L'ombre dans le plantier, c'est mon père qui passe.

 

Ile Eniger - Terres de vendanges - Éditions Chemins de Plume

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28 avril 2022 4 28 /04 /avril /2022 17:30

Tu es là-bas, errant entre les murs et le pauvre jardin qui t'enserrent. Entre le vide et tes gestes qui n'en sont plus. Tu ne sais plus ton nom, ni le mien, ni ce que nous avions tissé. Tu ne sais plus rien. Tu es fantôme coincé entre les mondes, trimballé de dérives en oublis. Depuis des années  ton existence a déserté ta vie. Les autres peuvent garder leurs raisonnements, leurs conseils ! Bien à l'abri de la douleur, que savent-ils du gouffre de l'absence, de l'insidieux abandon, de l'enveloppe vide, des jours déteints ? Encore un printemps dont tu ne sais pas qu'il est printemps. Encore ces jour après jour qui nomment l'abîme, la vacuité de l'exil. Et moi, seule à penser à toi qui manques. Et moi, seule et de roc fragile, qui veille sur le chat et l'amour. Et moi, seule à parler à nos roses.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 13:05

Pas de bruit, pas de remue-ménage, en ce printemps où trop s'agitent  les poètes. Un mouvement d'aller enfante une renaissance tranquille. Par-delà les toits, s'allonge une campagne lentement éclose. Des oiseaux rassurés commencent à oublier l'hiver. Une eau nouvelle abreuve les prés. Un duvet vert chatouille le regard. Dans la lente montée du jour, calmement, sans tapage, les bourgeons préparent la fleur, le fruit. Rien n'est joli, tout est beau. Rien ne parle de la vie, tout est la vie. Se taire, se fondre dans ces paysages de forces et d'étonnements. Adhérer, appartenir, sans démonstration, au vivant qui ignore la mise en scène. Une mésange est à sa toilette dans le petit olivier de ma terrasse, sa présence et sa grâce sont bouleversantes. Loin des parades inutiles, elle remet le monde à l'endroit.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 13:48

Le petit chat est mort. Il l'a trouvé dans son panier à l'heure de midi, quand il n'est pas venu réclamer sa gamelle. Il a cru qu'il dormait, il ne manquait que le souffle et le regard. Le petit chat gentil est mort gentiment, comme il avait vécu. L'odeur du printemps s'est juste faite triste. Est-ce important la mort d'une bête ? Est-ce important cet amour qui s'arrête ? Est-ce important l'envol silencieux d'une petite âme ? Le petit chat est parti sans bruit, sans se plaindre. Couché sur un coussin de silence il a quitté l'effervescence des jours. Le vieil homme est dévasté. Il fait un trou dans la terre dure du jardin. Tout à l'heure il y couchera la petite boule de poils et de tendresse, la somme des jours heureux. Et plus rien  ne sera plus comme avant.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 12:58

Un soleil neuf réveillait la blondeur des pierres. Le matin poussait le volet de la chambre bleue. Un air frais de jardin souverain s'avançait, lavait le regard. Ton sourire m'attendait porteur d'une odeur de café. Des effluves de thym, romarin et lavande entraient avec toi dans la maison. Ton baiser ouvrait ma journée. Tes gestes arrondissaient l'heure. Tous mes matins ainsi fleurissaient. Retenir ces images. Juste un moment. Sentir ton épaule solide et accueillante. Parcourir avec toi la transparence des oliviers, la terre fertile du potager, le babil des mésanges. Ratisser le pied des lilas, respirer ensemble les roses anciennes, revoir le chat courir après les libellules. Et attendre avec toi la rougeur des cerises, un goût de bonheur sur la langue. Juste un moment, amender l'indigence des jours pour goûter, encore une fois, la douceur des mûres au jardin.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 18:04

Les mains vides de mots, elle touche aux heures sans paroles. Plus rien ne précipite un élan, un désir. Elle écoute le printemps qui a sûrement quelque chose à dire, à transmettre. Ce ne sont pas des murs qui entourent son jardin, mais une fatigue de longue nuit. Ô cette fatigue qui retient les jonquilles au ras du sol. Elle s'appuie sur la lumière dorée qui éveille plus tôt le jour. Un souvenir de caresses ponctue ses gestes. Du linge claque au vent comme un ange qui sèche. Des mésanges font la fête aux graines. Un chien aboie dans le lointain. Elle ressemble au soleil qui dort en rond sur le paillasson de l'entrée. Elle n'a plus d'âge.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître) 

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 14:23

Elle a quitté sans regrets les cercles d'agitations, leur inconséquence. Elle a tiré un trait sur ceux de ses amis qui l'ont abandonnée. La douleur l'a polie, décapée. Elle a désappris les élans, les enthousiasmes, les espoirs de compréhension. Elle est dans l'essentiel, à l'écoute du battement originel. Elle a pardonné à ceux qui se détournent de sa lente solitude. Elle découvre que sa vie est cassée, que pour la réparer il faudra la patience, l'acceptation. Ailes confisquées, elle claudique, maladroit oiseau au sol. Sur les braises encore chaudes, elle va. Il faudra du temps pour que viennent les cendres, puis la poussière qui damera les aspérités du chemin. Elle ne comprend pas les tenants et aboutissant de ce désert sous ses pas entravés. Elle ne perd pas courage, elle est juste fatiguée. Elle est heureuse que des très proches, peu mais aimants, dispensent sur ses heures meurtries, leur eau fraîche.

 

Ile Eniger - Extrait de "L'exil" du livre de nouvelles Les marelles de verre (à paraître)

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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 10:44

Elle est assise au jardin. Pas le coin le plus confortable ni le plus éclairé. Le plus existant. Le présent y épouse l'arbre, la pierre, le repos. Le chat le sait qui dort  tranquillement sur ses genoux. Une même importance rassemble l'eau, l'air, le feu, la terre, ces choses que les usages ne voient plus. Elle respire sans éloquence, sans justifications. Hors tout, dans tout. Elle bruisse avec le vent, rince avec la pluie, chante aux gorges des oiseaux. Place jumelle de toutes les places, de mûres et de ronces dans la lumière, elle est le simple du jour qui écoute les grenailles de ruisseau sécher les derniers éclats de larmes. Une aptitude de montagne haute, de grelots rieurs dans les feuilles,  de paletots transparents sur les heures, l'accompagne. Quelque chose caresse les herbes, nourrit les racines, éclabousse les talus, réconforte les images. Même l'odeur surette de la jacinthe fanée garde un parfum subtil. Et la douleur, ô la douleur, qui élève ses implorantes mains d'argile, même elle, se dissoud.

 

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 15:05

J’échappe. Je ne suis à personne. Fugitive dans ma maison. J’écris la terre, mon nom en bas.

Rails, histoires truquées, petites attitudes, petites certitudes, pauvres engagements, gestes étriqués, mensonges hideux, je laisse.

Quatre mers autour de moi larguent leurs écrans. Je dis le calme, les oiseaux sur le vide, l’exclamation des arbres, l’herbe joyeuse, Quasimodo aimé d’Esmeralda, le repas de midi à seize heures.

Le sable m’est parole plus sûre que les paroles d’hommes.

Je sais l’île de feu, l'île d’orage et de douceur ou chaque jour tombe le jour et recommence.

Je suis l’île vivante.

Propriétaire de mon ombre.

 

Ile Eniger - Extrait du recueil de correspondances avec l'auteur compositeur interprète Dominique Ottavi : D'une île, l'autre -Éditions Amapola - 2005

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