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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 17:06

Il eut fallu une terre solide qui ne rechigne pas à supporter les pas de toute une vie. Il eut fallu la même soif, le même verre à remplir à la même source. Il eut fallu la confiance s'expansant l'un par l'autre dans la même parole. Il eut fallu ce choix de l'impossible défiant les ornières. Ce tout jour improbable à tricoter ses ailes avec les champs d'orties. Il eut fallu ce vivre au delà des orgasmes ordinaires. C'eut été si  heureux d'être hauts, indélébiles, accomplis.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 18:43

Elle ne pleurera pas. Pas tout de suite. Il lui faut encore rentrer le linge, le plier, préparer un semblant de repas, changer l'eau du chat, arroser les deux jacinthes achetées pour Noël. Le clocher sonne six fois dans le soir d'hiver qui tombe. Elle pense qu'elle aimerait l'entendre avec lui. Elle écrit le mot seule sur la buée des vitres. La buée pleure. Pas elle, pas tout de suite. Elle pleure tellement souvent maintenant qu'elle sait différer. Elle ouvrira les vannes plus tard, ce soir, dans son lit. Juste avant de ne pas dormir.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 15:45

Celui qui manque n'est pas celui que je vais voir à l'Ehpad, celui d'entre deux vies qui a oublié son nom et le mien. Celui qui manque taille des oliviers, pose des couleurs sur une toile blanche, m'apporte le café tous les matins, chante en arrosant le jardin, pose sa main sur la mienne pour dire tout va bien, aime les fleurs "parce qu'elles te ressemblent", caresse le chat, connais les oiseaux, sauve une abeille tombée dans le bassin, accroche Noël en lumières sur la porte d'entrée, mêle ses gestes aux miens, me sourit. Celui qui manque n'existe plus. Et ça sent l'hiver, son odeur de cendres et de froid mouillé.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 10:54

Ils courent partout, s'agitent, s'inventent des raisons. Moi je n'ai plus la force. Et surtout plus l'envie. J'ai le rien du moment, son éclatante totalité. Sa blessure, sa lumière. Parfaites. L'instant fugitif, perpétuel. La mésange de passage. La sauterelle qui loge sur un coin du balcon. Au loin, l'écharpe neigeuse des montagnes. Le brin d'herbe à l'angle de l'immeuble. Un ballon rouge oublié. Du linge qui sèche. La voix d'un enfant qui apprend sa leçon. Ces mots, réfugiés dans mes mains. Aucune réflexion, inflexion, n'atteindront cette absoluité inégalable. Ce quelque chose élémentaire qui ne tremble ni espère. Qui est.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 15:29

Il neige sur ma page des traces qui s'effacent. Rus de montagne en souvenance de torrent, les mots suivent le chemin et le gouffre. Dangereusement au hasard, leurs pas vacillent au bord du jour. L'espérance abandonne le combat. Tout se tait. Seul, au loin, le grondement du monde. Analphabète du sens, je gribouille des marques d'oiseau. Ultime défi d'être et d'aimer sans question.


Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 15:37

C'était un homme ordinaire, un qui tous les jours partait à vélo jusqu'à son carré de jardin pas très loin du village. Ses outils bien rangés dans le cabanon de bois, au soir il ramenait des légumes et des fleurs. Il parlait parfois patois avec ses vieux amis. Tous les 11 novembre, il se rasait de près, prenait soin de sa mise, et partait au cimetière pour le dépôt de gerbe de la commune à ses enfants : "Morts pour la France durant la Grande Guerre", comme il était écrit au fronton du monument aux morts. Une fois, je l'avais accompagné, il tenait ma main. Quand le clairon de la sonnerie aux morts a retenti, il l'a lâchée, s'est essuyé les yeux avec son mouchoir à carreaux qui sentait la lavande, puis il l'a reprise, bien serrée. J'étais petite, peut-être sept, huit ans, j'avais entendu dire qu'à la guerre, il avait porté sur son dos, pendant douze kilomètres de tranchées aux boyaux boueux, pestilentiels,  glaciaux, sans eau, un camarade blessé, et que pour cela, on lui avait donné une médaille qu'il laissait dans sa boîte au fond d'un tiroir parce que, disait-il : "Je ne l'ai  sauvé pour une médaille, mais parce que c'était normal". C'était un homme ordinaire Gustave, c'était mon grand-père.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

 

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 18:14

Col relevé, manteau fermé, robe déteinte, soleil blafard, c’est la saison frileuse. Le froid gagne. Les mots gèlent aux poings. Les lignes ne font plus sens. Le texte piétine dans ses doutes. Parfois s’épelle un nom. La campagne nue comme une vérité démarie les blés des coquelicots. Les loups ont fané aux mémoires. Va-t-on encore au bois ? Plus personne n’en parle. Il ne restera pas une semence d’histoire. Aux planches des cabanes, la fente du jour peine. Des arbres bras coupés font les épouvantails. Mal brûlée, une paille tremble. La tombée du soir gèle la lumière. On entend des voix faibles. C’est la saison du peu, la saison basse. La passante.

 

Ile Eniger - Un violon sur la mer - Éditions Chemins de Plume

 

Présentation par Michel Baglin, écrivain et chroniqueur, en 2010, à la Bibliothèque de Marseille : "Un violon sur la mer" - Ile Eniger - Éditions Chemins de Plume

Présentation par Michel Baglin, écrivain et chroniqueur, en 2010, à la Bibliothèque de Marseille : "Un violon sur la mer" - Ile Eniger - Éditions Chemins de Plume

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 13:05

Au secours ! Ce matin, moi, La Langue Française, je suis allée me rendre visite sur des blogs ou réseaux dits sociaux afin de voir comment j'y étais traitée. Hélas !  je constate, avec une très grande tristesse, que les fautes d'orthographe, de grammaire, de conjugaison, de syntaxe, de style, bref, tout ce qui me constitue, vont bon train...

Si la vieille dame que je suis, qui en a vu d'autres, a de l'indulgence pour ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir acquérir des connaissances solides, ou si je peux tolérer les fautes d'inadvertance, il m'est insupportable de constater, chez ceux qui publient des ouvrages ou des textes, ces mêmes travers qui, cette fois, sont impardonnables.

Bigre ! si l'on se targue de me manier, autant le faire convenablement, par respect pour moi, pour soi, et pour ceux qui lisent. On ne construit pas en cassant ses outils ! Que le fond soit intéressant, peut-être, mais alors de grâce, que la forme ne vienne pas le saccager !

Moi, La Langue Française, je véhicule d'innombrables subtilités qui certes ne sont pas toujours faciles à assimiler, mais ma complexité est d'une grande richesse, ne me massacrez pas en m'ôtant ce qui a bâti ma personnalité !

Exemple d'une de mes nuances : la conjugaison du verbe "vouloir" avec lequel bon nombre de nouveaux écrivains (je devrais plutôt dire : écrivants !) font l'erreur suivante : "Ne m'en voulez pas" à la place de : "Ne m'en veuillez pas". Pour ceux qui ne sauraient pas pourquoi dans cette injonction on doit privilégier le subjonctif, voici l'explication qu'en donne le journal Le Monde :

"Dans le cas du verbe "vouloir", la valeur de commandement est déjà contenue dans le verbe lui-même. Comme l'a remarqué un grammairien du dix-huitième siècle, il est quelque peu ridicule de se commander à soi-même de vouloir (Veux !) et absurde de le commander aux autres (Voulez !)".

Alors, d'aucuns me diront que tout cela n'est pas très important, ce à quoi je répondrai par la phrase de Benjamin Franklin : "Nul ne connaît la valeur de l’eau jusqu’à ce que le puits tarisse".

Allez, s'il vous plaît, faites un petit effort pour me préserver, je suis votre patrimoine linguistique quand même ! Prenez soin de moi afin  de ne pas vous retrouver, un jour ou l'autre, avec une langue qui ne serait plus qu'un vilain galimatias dans lequel vous-mêmes ne vous reconnaîtriez plus !

 

Ile Eniger - Les marelles de verre (nouvelles à paraître)

 

 

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 10:44

J'entends le bruit des ciseaux qui coupent les fils de reliance. Lentement indifférente, les mâchoires avancent. La moissonneuse tranche les blés. L'air a beau s'agiter autour, il ne relève plus la vivance. Le mouvement des blondeurs frémit sur le sol dur. Les coquelicots, les bleuets, rendent leurs couleurs. Malgré les jurons des hommes, des pierres rebelles essaient d'enrayer la machine, en vain. La vie est tondue. La terre a froid désormais et le ciel n'y peut rien. Le grenier s'emplit sûrement quelque part, mais qu'en ont à faire le campagnol et la mésange ? Et le temps du pain à lever est encore si loin…

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 22:58

Qui invectiver ? Qui remercier ? Tout se tait maintenant. Tant mieux. C'est l'heure de l'intérieure pendule. L'être à sa rencontre. Aux carrefours du vide et des acquits, les décisions seront par choix. Influences au tapis. Route nue. Neuve. Solitude royale. Ni haut ni bas. Un soi affranchi du vécu garde ce qui donne sens à sa traversée. Peu, mais lumineux. L'amour au centre. Irrévocable. Altitude unique, forte, définitive. Vol immense dans l'insondable. Bien plus qu'une liberté, un état.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 21:36

Quand la tasse se brise, la préférée, celle qui vient de loin, sidéré, on ramasse les morceaux de vieille porcelaine, le bleu qui a traversé les années. On balaie les tout petits débris, coupants. On pleure parce que la brisure arrête quelque chose, on ne s'y attendait pas. Les moments de douceur étaient éternels puisqu'ils étaient. Quand la tasse se brise, le souvenir prend forme, bleu, une ombre de paupière. On le sait, le café du matin sera puni, on ne le boira plus à la même heure, plus de la même façon.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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