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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 11:34

J'ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu, trop confiant, trop indécis. J'ai gardé quelques livres, un vieux rêve, deux poignées de sable, une ou deux pommes vertes, de l'eau entre les doigts, de la musique sur un fil de violon ou d'horizon. On entend plus mes pleurs d'animal ni mes pas qui raclent sol. De loin, on me fait quelques signes. Dessous, la rivière grande, la rivière gronde. Des veines d'eau gonflées charrient les passés. Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes. Des jours et des nuits se disputent l'espace. Il y a sans doute un accord possible. Autour, des choses à prendre ou à laisser. Et le souffle porté, supporté, emporté. Loin de la mesure des hommes. J'ai vacillé et tenu bon. Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles. J'ai tenté d'aimer et la lumière qui va avec.

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

 

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 12:28

"Tes yeux gardent trois coquelicots et l'aurore"

Jean-Michel Sananès

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 23:33

"Ce qui m’intéresse ce n’est pas le bonheur de tous les hommes

c’est celui de chacun"

Boris Vian

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 11:08
"Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain" Rosemonde Gérard

"Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain" Rosemonde Gérard

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 00:35

Celui que je vois dans le paysage noir et blanc, c'est mon père. Il marche depuis tôt le matin dans les rangées longues. Seul. Dans le froid et le silence, il taille les vignes. Basses. Quelques merles l'accompagnent entre les mottes grises et dures d'hiver. Comme eux il siffle quelquefois. Quand le mistral glacial secoue sa canadienne, il remonte son col. C'est un taiseux mon père, du mal au dos ou des gerçures, il ne dit jamais rien. Il travaille sans gants. Parfois il crache dans ses mains, les frotte l'une contre l'autre, puis il reprend le mouvement d'aller. Son geste est précis, il claque sec le sécateur, au bon endroit. Des centaines de fois. Il avance courbé, plié en deux sur les ceps noirs. Toute la journée. Seul. Au soleil il connaît l'heure, le clocher la confirme. Quand il rentre, au soir, il accroche sa lassitude à la patère du couloir.

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 12:36

C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m’attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d’un vestibule et la grille d’un patio. J’ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. J’aime les sabliers, les planisphères, la typographie du XVIIIe siècle, le goût du café et la prose de Stevenson : l’autre partage ces préférences, mais non sans complaisance et d’une manière qui en fait des attributs d’acteur. Il serait exagéré de prétendre que nos relations sont mauvaises. Je vis et me laisse vivre, pour que Borges puisse ourdir sa littérature et cette littérature me justifie. Je confesse volontiers qu’il a réussi quelques pages de valeur, mais ces pages ne peuvent rien pour moi, sans doute parce que ce qui est bon n’appartient à personne, pas même à lui, l’autre, mais au langage et à la tradition. Au demeurant, je suis condamné à disparaître, définitivement, et seul quelque instant de moi aura chance de survivre dans l’autre. Peu à peu, je lui cède tout, bien que je me rende compte de sa manie perverse de tout falsifier et exagérer. Spinoza comprit que tout chose veut persévérer dans son être ; la pierre éternellement veut être pierre et le tigre un tigre. Mais moi je dois persévérer en Borges, non en moi (pour autant que je sois quelqu’un). Pourtant je me reconnais moins dans ses livres que dans beaucoup d’autres ou que dans le raclement laborieux d’une guitare. Il y a des années, j’ai essayé de me libérer de lui et j’ai passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et l’infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j’imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l’oubli ou à l’autre. Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page.

 

Jorge Luis Borges

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 13:50
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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 18:32

Ma main aux dents d'écriture

Ma main attachée aux jours laborieux

Ma main tirant sur sa laisse

Ma main boudeuse et désertée

Ma main debout face au silence

Ma main tremblée en ses traces de souris

Ma main creusant, cherchant, criant, priant

Ma main ridée appuyée sur la page

Ma main fontaine aux écorces altérées

Ma main desserrant ses mâchoires

Ma main gardienne de mémoire

Ma main sur le pain et la joue des pivoines

Ma main d'aimance

Ma main, t'ai-je déjà remerciée ?

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 12:30

Chaconne danse.

Chaconne est entrée dans sa gloire.

Chaconne se livre, elle ne sait pas à quoi. Et c'est parce qu'elle en ignore tout qu'elle peut s'y livrer sans retenue.

Tout se concentre à l'extrême, toutes ces années passées, tout ce qu'elle a vécu, traversé, gardé, tout ce qu'elle est tentée de chérir ou de rejeter encore, sa vie entière est là, incarnée dans sa danse. Chaconne ne pourrait danser autre chose. Aucun choix ne demeure possible. Etre toute ou n'être pas. Danser le monde ou ne rien danser.

Elle ne danse pas devant une cour arriviste ou soumise, elle ne danse pas devant un Gouverneur rutilant dans son uniforme, ni même devant un jeune homme sombre qui ne la quitte pas des yeux. Elle danse devant ce qu'elle est depuis toujours, depuis l'aube des temps et des univers : une étincelle de vie dont la durée est si brève qu'elle se doit de donner tout.

Chaconne est heureuse.

 

Extrait de Chaconne - Jean- Pierre Vaissaire - Editions Parole

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 13:33

L'écriture est la fleur au-dessus des épines. Il faut monter pour approcher sa vérité. En quête de rectitude, j’écoute le silence, le chat bien plus confiant que moi, le sentier guidé par la montagne, toutes ces choses de la présence pure. Il se peut que les mots, les gestes, les espoirs, se trompent de planète et de locataire. Il se peut que le cuir tanné des terres d'hiver, les maraudes d'oiseaux sur des graines de faim, les gifles des vents dans les arbres dépouillés, soient plus résolus que mes pas sur la route. Il se peut que la funambule craigne le vide, le grand vide affamé où s'éteint la lumière. Mais il se peut aussi que la vie dans la vie ranime la pierre.

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

 

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 14:12

"Je continuerai à aimer même si les autres distillent la haine. Je continuerai à construire, mème si les autres détruisent. Je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. Je continuerai à crier même si les autres se taisent".

Abbé Pierre

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 23:30

Il y a des moments où notre univers devient dérisoire et la seule réalité qui triomphe c’est cela : cette vibration qui fait s’écrouler les ruines, fleurir la pierre. Je rêve aux jonquilles qui vont parsemer la colline. Cette fragilité et cette persévérance, et ce violent parfum qui se prolonge, malgré le massacre. Sommes-nous si forts ?

 

Pierre-Albert Jourdan

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 13:48

Nos "élites linguistes" sont en train d'instaurer une régression ahurissante, navrante et débilitante de l'apprentissage de notre langue en modifiant (encore une fois !) la grammaire par l'application de la notion de 'prédicat'. Ainsi, désormais, nos jeunes enfants n'auront plus à se soucier de construction de phrase ou de détails orthographiques puisque l'essentiel va se résoudre, dans le primaire, à savoir qu'il y a un sujet et que tout le reste de la phrase n'est qu'un vague 'prédicat' ! Au diable donc COD, COI, donnant sens précis et incontournable à la grammaire et à l'orthographe ; au diable les accords du participé passé, inutile de se creuser les méninges pour comprendre ! Nos gamins, désormais, vont pouvoir se réjouir de cet espace vacant et passer encore plus de temps devant leurs téléphones et tablettes à bêtifier, en privilégiant encore plus facilement leurs écritures phonétiques qui leur laminent le cerveau. Un pas de plus vers une décadence qui semble ne plus avoir de frein ni de fond ! Devant tant d'inanité irresponsable on se demande s'il faut rire ou pleurer. I.E. 

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:50
Bellet - Paysage
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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 16:32

Sur l'hiver, la terre écrit des lignes rouge sang, des labours de veines brunes, des chairs retournées nourrissant les oiseaux. La nuit gèle, raide dans ses bottines. Des étoiles veillent un marbre noir. Parfois, quelque souffle furtif fait cliqueter des branches. Le cri blanc d'une hulotte tranche le silence. Des crissements d'herbes escortent un chemin vers les vignes. Un renard roux troue le paysage. Une bête crie. Un chien jappe. À l'arête des cyprès, les haies tremblent. Le choc léger des châtaignes heurte le sol aux heures les plus froides. L'œil de la lune donne aux poires un mordoré troublant. En bout d'allée, une bâtisse grise porte son poids de pierre. Derrière ses murs austères, dorment les paysans. On dirait la vie pendue comme l'eau au nez des fontaines, quelque chose y frissonne sans bouger. Bientôt, un trait brillant cisaille le mica du ciel et monte, rouge. Le coq éveille ses poules. L'étable frémit d'odeurs et de sabots raclés. Un klaxon annonce le laitier. La cheminée crache et chauffe ses os. Dans la cuisine, un goût de chocolat accroche les narines. Mal réveillés, les enfants ronchonnent. La main des mères rajustent quelque habit. Les pères filent derrière la charrue. Les yeux piquent sous le lumière crue. Gonflant ses poumons comme un qui vient de naître, le jour s'installe. La vie rurale, rude, recommence.

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 22:50

L'hiver serre ses jointures blanches. Des oiseaux de froid traquent les miettes. Le silence crisse. Ne parle pas ma peur. Il n'y a rien à dire qui ne soit déjà dit. C'est le Bout de l'An, l'épingle à cheveux d'une année vieille quittant ses vieux éclats, ses brisures, ses fièvres. En retrait, la terre noircie, brûlée, fissurée, reprend souffle et lumière. L'aile repliée rassemble ses envols. Des mains font et défont l'écriture et la vie. Parfois un mot dépasse, une en-vie enjambe la barrière et s'échappe. Des graines traversent la vitre d'hier élançant leurs mémoires. L'espoir mijote sa première fleur d'amandier. C'est une mise au poing, une force qui surprend toujours.

 

Ile Eniger - Hors saison - (à paraître)

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 23:11

"Ce que la chenille appelle la fin du monde, le maître l'appelle un papillon"

Richard Bach

 

Puissions nous partager le meilleur de nous-même afin que la nouvelle année

soit une année aimante - I.E.

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 10:41

"Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde"
Ludwig Wittgenstein

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 15:50

La disposition des ombres au sol, leur familière étrangeté. Ombres d’arbres ou d’herbes comme une visitation. Le mur même avec son toit s’est jeté par terre. L’heure ne se souvient de rien, ne prévoit rien, seule avec l’air, avec les envols d’oiseaux, avec toi, dit-elle. Elle a pour visage la couleur du jour, la défleuraison de prés, les vergers jonchés de fruits. À la fois là et pas là. Mais rien d’autre, personne d’autre.

Jean Grosjean

 

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 10:21

Que l'Esprit de Noël soit et demeure au coeur de chacun.

Tableau de Monet

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